Test du Fairphone Gen 6+ : le smartphone modulable qui combat l’obsolescence programmée

temps de lecture 16 minutes

Quand la batterie faiblit ou que le port de charge cesse de fonctionner, on finit souvent par changer de téléphone faute de pouvoir le réparer. Le Fairphone Gen 6+, du constructeur néerlandais Fairphone, prend le contre-pied avec des pièces principales que l'on remplace soi-même à la maison, un tournevis à la main. Nous l'avons utilisé plusieurs jours pour voir ce que ce parti pris donne au quotidien.

Crédits : William Zimmer / Humanoid

Sur la plupart des téléphones vendus aujourd'hui, le dos est collé et l'intérieur reste inaccessible. Quand la batterie s'use ou que le port de charge lâche, il faut passer par un réparateur, et beaucoup préfèrent alors racheter un appareil. Avec son nouveau smartphone, Fairphone n'a pas dessiné un nouveau châssis. La marque a repris celui du modèle précédent et s'est concentrée sur l'intérieur, avec un processeur plus récent et davantage de mémoire vive.

Le Fairphone Gen 6+ se place dans le milieu de gamme, ce segment où l'on attend un téléphone complet sans viser le haut du panier. Fairphone s'adresse aux gens qui voient leur téléphone comme un outil du quotidien, pas comme un objet de mode. Appels, messages, photos, navigation, applications de la banque ou des transports : l'appareil est pensé pour ces usages, avec l'idée qu'une chute ne signifie pas la fin du téléphone. Concrètement, il vise ceux qui veulent un téléphone fiable, facile à réparer, et qui se passent très bien du dernier processeur à la mode.

Déclinaisons et positionnement

Chez Orange, le Fairphone Gen 6+ est proposé dans une seule teinte, un bleu sombre appelé Cobalt. Le nom renvoie au cobalt, l'un des minerais qui entrent dans la fabrication des batteries. Fairphone indique financer de meilleures conditions de travail dans les mines de cobalt qui l'approvisionnent.

  • Crédits : William Zimmer / Humanoid

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Le fabricant propose une configuration unique dotée de 256 gigaoctets d'espace interne. Cette capacité permet de stocker des années de photos de famille et des milliers de documents sans saturer la mémoire du téléphone. Le constructeur conserve aussi un emplacement pour carte mémoire (le format microSD, jusqu'à 2 téraoctets), une option qui a disparu chez la plupart des concurrents. Pour ajouter une carte, il faut retirer le capot arrière, un geste qui prend quelques secondes.

Face à des modèles qui misent tout sur la puissance, Fairphone préfère jouer la durée de vie. La fiche technique est donc plus sobre sur le papier. En échange, une batterie fatiguée ou un écran cassé se remplacent à la maison, sans passer par un réparateur ni immobiliser le téléphone plusieurs jours.

Conception, ergonomie et durabilité

L'appareil affiche des dimensions de 156,5 millimètres de hauteur, 73,3 millimètres de largeur pour une épaisseur de 9,6 millimètres. Ce gabarit s'avère plus trapu que la moyenne du marché, et son poids de 191 grammes se fait sentir dans une poche de veste. Cette épaisseur s'explique par la conception modulaire, qui demande plus d'espace interne pour intégrer des éléments démontables individuellement. En contrepartie, l'appareil se tient bien en main et ne glisse pas quand on téléphone en marchant.

Le châssis est en plastique composite. Sur l'ensemble de l'appareil, un peu plus de la moitié des matériaux, en poids, sont recyclés ou issus de filières responsables. Le dos présente une finition mate qui limite les traces de doigts, tout en offrant une surface légèrement granuleuse qui empêche le téléphone de glisser d'une table. Le constructeur fait le choix de tranches plates qui facilitent le ramassage de l'appareil posé sur un meuble. L'ensemble donne une impression solide en main, et le plastique a l'avantage de mieux encaisser les chutes qu'un dos en verre.

L'ergonomie des commandes physiques demande toutefois un temps d'adaptation certain. Le lecteur d'empreintes digitales se fond totalement dans le bouton d'alimentation situé sur la tranche droite de l'appareil. Cette surface plane complique son repérage à l'aveugle lorsque l'on sort le téléphone de son sac. Les touches de volume se situent exactement sur le bord opposé, ce qui entraîne des captures d'écran involontaires lorsque l'utilisateur serre l'appareil pour le déverrouiller.

Le téléphone est certifié IP55, une norme qui garantit la résistance à la poussière et aux projections d'eau. Dans la vie courante, le téléphone encaisse une averse soudaine ou un verre d'eau renversé sur le comptoir de la cuisine. Il montre en revanche ses limites s'il tombe au fond d'une baignoire ou d'une piscine. Le constructeur assume cette concession, car sceller hermétiquement le châssis avec de la colle interdirait l'ouverture facile par le propriétaire.

La façade arrière dévoile deux petites vis apparentes qui trahissent la nature du produit. Avec un tournevis Torx T5, un petit tournevis à tête en étoile, on retire la coque et on accède à l'intérieur du téléphone. Douze pièces se retirent en quelques minutes, du port de charge aux appareils photo en passant par l'écran. Une personne qui n'a jamais bricolé d'électronique accomplit cette tâche en suivant un simple tutoriel vidéo sur le site de la marque.

Cette facilité de démontage n'est pas qu'une promesse commerciale. Le Fairphone Gen 6, dont ce modèle reprend le châssis et le système de vis, a obtenu la note maximale de 10 sur 10 au démontage réalisé par iFixit, un site spécialisé dans la réparation d'appareils électroniques. Selon iFixit, seuls les Fairphone ont décroché cette note parmi tous les smartphones testés.

Affichage

La façade avant abrite un écran de 6,31 pouces de diagonale. Ce format est plus contenu que les très grands écrans actuels, ce qui facilite la prise en main à une seule main quand on écrit un message dans les transports. L'écran affiche une définition de 1 116 par 2 484 pixels, garantissant une lecture nette des petits caractères sur les factures numériques. Les bordures noires autour de l'image sont assez larges, plus visibles que sur des téléphones récents. Cela ne gêne pas la lecture, mais le dessin de la façade fait moins moderne.

Le constructeur annonce une luminosité maximale de 1 400 nits, l'unité qui mesure la quantité de lumière émise par un écran. En situation réelle, l'écran compense correctement la lumière du soleil lors d'une lecture sur un banc public. L'utilisateur n'aura pas besoin de plisser les yeux ni de créer une zone d'ombre avec sa main pour déchiffrer un courriel. Le verre de protection retient en revanche vite les traces de doigts, et il faut souvent l'essuyer sur un vêtement avant de montrer une photo.

L'écran utilise la technologie OLED, qui éteint complètement les pixels pour afficher des noirs parfaits. Dès le premier allumage, les couleurs restent naturelles, sans saturation excessive. L'écran monte jusqu'à 120 Hz et ajuste tout seul sa fluidité, en ralentissant sur un article fixe et en accélérant au défilement d'un menu. Le défilement reste fluide, et cet ajustement automatique évite de consommer de la batterie pour rien.

Fonctionnalités, connectivité et interface

La première mise en route est simple, même quand on n'est pas à l'aise avec la technologie. L'assistant de démarrage explique chaque étape avec des mots concrets, de la connexion au réseau de la box internet jusqu'au transfert des anciens contacts. L'appareil fonctionne sous Android 16, le système d'exploitation de Google livré ici dans sa forme la plus épurée. Aucune application publicitaire installée par un partenaire n'est préchargée, ce qui évite d'encombrer le stockage dès le premier jour.

La navigation dans les menus obéit à une logique stricte et rassurante pour le néophyte. Le tiroir d'applications rassemble l'ensemble des logiciels par ordre alphabétique, tandis que l'écran d'accueil reçoit uniquement les outils choisis délibérément par le propriétaire. Fairphone promet des mises à jour de sécurité jusqu'en 2033. Autrement dit, un téléphone acheté aujourd'hui doit rester protégé et compatible avec les applications du quotidien, celle de la banque par exemple, pendant encore sept ans.

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L'engagement ne s'arrête pas au logiciel. Le constructeur couvre l'appareil par une garantie de cinq ans et s'engage à fournir les pièces détachées jusqu'en 2033. Batterie, écran, haut-parleur, appareils photo : chaque élément se commande à l'unité et se remplace à la maison, sans immobiliser le téléphone plusieurs jours chez un réparateur. Une réparation se déroule en trois temps. On commande la pièce sur le site du fabricant, on dévisse le dos avec le tournevis fourni dans la boîte de la pièce, puis on suit le tutoriel en vidéo étape par étape. Compter quelques minutes pour une batterie, un peu plus pour un écran, et aucun passage en atelier.

Le téléphone se distingue par un gros interrupteur coulissant vert citron, placé sur la tranche droite. Cette commande physique lance un environnement de travail simplifié qui bloque temporairement les notifications sonores et les vibrations. Lors d'un repas de famille, l'utilisateur bascule ce bouton pour se couper des sollicitations numériques tout en gardant l'accès aux fonctions de base comme l'appareil photo. Sur la plupart des téléphones, ce genre de fonction est enfoui dans les réglages. Ici, elle tient à un geste du pouce.

L'appareil est compatible 5G et Wi-Fi 6E, une norme de Wi-Fi domestique récente, mais pas la plus récente puisque le Wi-Fi 7 existe déjà. Il capte correctement le réseau mobile, y compris en déplacement, dans un train par exemple, où la navigation reste possible. Le constructeur intègre également des outils d'intelligence artificielle pour traduire des panneaux ou résumer des textes longs. Ces outils ont toutefois leurs limites. Ils ne se déclenchent pas à la voix quand le téléphone est verrouillé et posé sur une table.

Performances à l'usage et comportement technique

Le Fairphone Gen 6+ tourne avec un processeur Snapdragon 7s Gen 4, une puce de milieu de gamme récente, épaulée par 12 gigaoctets de mémoire vive, la mémoire qui permet de garder plusieurs applications ouvertes en même temps. Au quotidien, il tient le rythme sans ralentissement notable. L'ouverture d'une application de transport en commun ou le chargement du guidage par satellite s'effectuent sans aucune hésitation. Pour lire la presse, consulter ses comptes ou passer d'une application à l'autre, c'est largement suffisant.

Sur les jeux en 3D exigeants ou le montage vidéo, il montre en revanche ses limites face aux téléphones conçus pour la performance. Le système demande de réduire les détails visuels pour conserver une action lisible à l'écran. C'est un choix assumé par Fairphone, qui a préféré une puce raisonnable à une puce très puissante.

Le processeur dégage une chaleur perceptible à travers la coque arrière au bout d'une dizaine de minutes de guidage GPS ou d'efforts continus. Le système de refroidissement interne régule cette hausse de température pour éviter la surchauffe des composants vitaux. L'appareil reste confortable à tenir en main et la chaleur se dissipe dès la fermeture du logiciel gourmand. Rien d'anormal donc, mais mieux vaut éviter de le laisser en plein soleil sur un tableau de bord pendant tout un trajet.

Autonomie et recharge

L'appareil embarque une batterie de 4 415 mAh, l'unité qui mesure la réserve d'énergie. En usage modéré (lecture d'articles, quelques appels, messages), le téléphone tient sans difficulté une journée complète, et souvent un peu plus. Lors d'un scénario plus intensif incluant la prise de photos répétée en balade et le partage de connexion internet, l'endurance baisse plus rapidement. Il faut alors prévoir de brancher le téléphone en début de soirée pour rester joignable jusqu'au coucher.

La recharge passe uniquement par un câble USB-C, avec une puissance maximale de 30 watts, correcte sans être rapide. Brancher le téléphone à une prise murale le temps de prendre une douche matinale permet de récupérer la moitié de l'énergie de la batterie. Une charge complète demande environ une heure et quart. Le constructeur fait l'impasse sur la recharge sans fil (la technologie qui alimente l'appareil posé sur un plateau) pour conserver une coque arrière fine et facilement démontable.

La batterie est souvent le premier élément qui faiblit sur un téléphone gardé plusieurs années. Dans ce cas précis, le propriétaire retire simplement le capot en plastique et met une batterie neuve à la place, sans passer par un réparateur. Cette manipulation prend quelques minutes et ne demande aucune compétence particulière. Les modes d'économie d'énergie ralentissent un peu le téléphone en fin de journée, mais permettent de gagner de précieuses minutes avant l'extinction.

Qualité audio

Le haut-parleur fait le travail à la maison. En appel haut-parleur, la voix reste nette, même dehors avec du vent. Les fréquences vocales dominent le spectre sonore, ce qui facilite la compréhension des mots quand on écoute un journal d'information à la radio. Le volume suffit pour occuper une petite pièce pendant la préparation d'un repas.

Attention à ne pas boucher la grille du bas avec la paume de la main quand on tient le téléphone à l'horizontale pour regarder une vidéo. Lorsque le volume atteint son niveau maximum, la restitution perd en précision et manque de relief sur les sons graves. Les voix passent bien. Pour la musique, mieux vaut une enceinte ou un casque. Le haut-parleur interne s'extrait facilement de la structure au moyen d'un tournevis en cas de défaillance après des années d'usage.

Qualité photo et vidéo

La partie photo repose sur deux appareils photo à l'arrière et un capteur avant logé dans l'écran. La configuration matérielle s'articule ainsi :

  • Un module principal de 50 mégapixels.
  • Un module ultra grand-angle de 13 mégapixels.
  • Un capteur frontal de 32 mégapixels.

Grand angle : de jour, le capteur principal restitue des couleurs proches de la réalité. Les détails ressortent lisiblement sur les murs d'un bâtiment urbain, même si le traitement logiciel accentue un peu rudement les contours. À la nuit tombée, la netteté baisse et un léger voile apparaît dans les zones sombres. L'exposition nocturne reste exploitable pour conserver un souvenir en terrasse, mais le système gomme les textures fines pour masquer le grain numérique de l'image.

Ultra grand angle : Ce second objectif permet d'enregistrer un paysage de vacances ou un repas de famille sans devoir reculer dans la pièce. De jour, l'image conserve une clarté convenable au centre de la scène, avec une gestion des couleurs qui reste cohérente vis-à-vis du module principal. L'objectif montre néanmoins ses limites en brouillant légèrement les objets situés aux extrémités de la photographie. En condition nocturne, ce capteur produit des clichés sombres qui peinent à restituer l'ambiance lumineuse réelle du lieu.

Téléobjectif : Le téléphone n'a pas de zoom optique, faute de place à l'intérieur de ce châssis démontable. Pour photographier un objet lointain, le système découpe numériquement l'image du capteur principal. Si le grossissement reste pertinent jusqu'à deux fois la taille initiale, la qualité des détails s'effondre très rapidement au-delà. De nuit, ce zoom numérique donne des images floues, difficilement exploitables.

Portrait : ce mode détache la personne du décor en floutant l'arrière-plan. En extérieur, les carnations sont rendues avec justesse à la lumière du jour. Le système identifie correctement les contours principaux d'un visage pour appliquer son filtre de netteté. Le logiciel bute cependant sur le détourage des éléments complexes, intégrant souvent par erreur des mèches de cheveux rebelles dans le décor flouté de l'arrière-plan.

Selfie : Le module logé au sommet de l'écran avant sert essentiellement aux appels vidéo en famille et à la prise de souvenirs personnels. La gestion de l'exposition évite de rendre l'arrière-plan tout blanc lorsque l'utilisateur se tient dos à une fenêtre ensoleillée. Les traits du visage restent nets et identifiables sans subir de lissage logiciel transformant la peau en plastique. Un coup de chiffon sur l'objectif avant de déclencher évite les images voilées par les traces de doigts.

Vidéo : le téléphone filme jusqu'en 4K, une définition adaptée aux téléviseurs actuels. Le module de stabilisation intégré compense avec justesse les tremblements naturels du poignet lors d'une marche à vive allure dans une rue. Le système de mise au point automatique réagit promptement lorsqu'un nouveau sujet, comme un animal de compagnie, traverse le champ de vision. La qualité d'image globale permet de filmer des souvenirs familiaux fluides et exploitables au quotidien.

Alors, on achète ?

Le Fairphone Gen 6+ tient sa promesse de départ. C'est un téléphone pensé pour durer et pour être réparé chez soi plutôt que remplacé au premier pépin. Il reste fluide pour les usages de tous les jours et son écran se lit sans effort, en intérieur comme en plein soleil. En échange, il faut accepter quelques défauts d'ergonomie, le prix d'une structure qui se démonte sans risque sur la table du salon.

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Ce téléphone s'adresse à celles et ceux qui gardent leur appareil longtemps et le considèrent comme un achat durable. Ceux qui ne veulent pas se plonger dans la technique y trouveront un système clair, suivi dans le temps et sans applications imposées. En cas d'écran cassé ou de batterie fatiguée, pas besoin de racheter un téléphone entier, la pièce concernée se remplace. Il parle à ceux qui préfèrent réparer plutôt que racheter, tournevis à la main.

Le Fairphone Gen 6+ n'est pas le téléphone le plus rapide de sa catégorie, et il ne dispose pas de zoom optique pour les sujets lointains. Ceux qui jouent beaucoup ou photographient de loin regarderont ailleurs. Pour tous les autres, il fait le travail au quotidien et il se répare à la maison, ce qui reste rare aujourd'hui. Le choix se joue donc sur la durée de vie de l'appareil plus que sur la performance immédiate.

publié le , William Zimmer de Humanoid

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