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Pourquoi Telegram vous a-t-il envoyé ce message alarmiste ?

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Un message a été envoyé le 29 avril à de nombreuses personnes sur Telegram. Une notification en français, longue et aux accents assez alarmistes. Il ne s'agit pas d'un scam, mais bien d'une communication officielle de l'application de messagerie instantanée. Explications.

La notif envoyée par Telegram le 29 avril. // Source : Numerama

C'est une initiative comme on en voit peu. C'est surtout une notification qui a dû faire lever quelques sources d'incompréhension. Les membres de Telegram ont reçu un message inhabituel dans la soirée du 29 avril. Un message assez long et plutôt alarmiste, soulignant que « le mois dernier, la France a failli interdire le chiffrement des applications de messagerie. »

Il ne s'agit pas d'une arnaque : le texte émane bien de la chaîne officielle de Telegram, identifiée par un petit badge bleu. La rédaction de Numerama qui est présente sur l'application l'a également reçu et confirme son authenticité. C'est en fait une prise de position forte de la messagerie instantanée à une récente actualité politique en France.

Le pays a, en effet, fait voter une nouvelle législation pour mieux lutter contre le trafic de drogue -- son intitulé officiel est « loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic ». Déposé au Parlement en juillet 2024, le texte a suivi un long parcours avant d'être définitivement adopté par le Sénat le 28 avril et par l'Assemblée nationale le 29 avril.

  • Source : Capture d'écran

  • Bruno Retailleau, lors de ses efforts pour défendre son plan à l'égard des messageries chiffrées. // Source :

  • Telegram // Source : Unsplash

Il s'avère que le message envoyé par Telegram à sa communauté est tout à fait le même (les émojis en moins) que celui qu'avait rédigé Pavel Durov, le fondateur de l'application, une dizaine de jours avant sur sa propre chaîne -- et que Numerama avait alors couvert. Visiblement, le vote final au Parlement a été le signal pour inciter Telegram à en remettre une couche.

C'était quoi le problème pour Telegram ?

La loi contre le narcotrafic contient de nombreuses dispositions nouvelles, dont certaines demeurent controversées -- comme le dossier coffre. Mais ce qui a suscité l'ire de Telegram est une mesure qui a finalement été rejetée au fil des débats, comme la notification le rappelle. L'idée ? Contraindre les messageries sécurisées à ménager un accès pour les forces de l'ordre.

En l'espèce, les messageries proposant du chiffrement de bout en bout étaient ciblées, comme WhatsApp, Signal et, dans une moindre mesure, Telegram. Ce dernier ne propose pas de chiffrement de bout en bout par défaut : il faut activer les échanges secrets pour avoir une protection plus poussée.

Numerama a couvert les rebondissements parlementaires autour de l'affaire des backdoors dans les messageries chiffrées et l'engagement prononcé de Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur, en leur faveur -- même si l'intéressé a rejeté le qualificatif de porte dérobée, impropre techniquement dans le plan qu'il avait en tête.

Bruno Retailleau a finalement échoué à imposer cette idée, face à l'hostilité générale des parlementaires. En outre, les responsables de certaines de ces applications, comme Signal et Telegram, ont prévenu qu'ils préféreraient se passer du marché français plutôt que de créer une vulnérabilité logicielle qui affecterait le chiffrement des communications.

Voilà dans les grandes lignes ce que rappelle la notification de Telegram. Un sujet connu de celles et ceux qui suivent attentivement l'actualité politique et technologique, mais qui peut avoir échappé aux autres. Et être une source d'incompréhension face à un message qui a surgi sans crier gare et qui a pu être une source d'inquiétude.

Une intervention très politique, avec une année mouvementée pour Pavel Durov

Le message de Telegram a une nature très politique : il survient alors que s'achève le parcours législatif de la loi sur le narcotrafic. Surtout, il interpelle les Françaises et les Français qui ont un compte sur la messagerie et rappelle que le sujet n'est pas achevé : d'autres initiatives préoccupantes surgissent déjà à l'horizon.

Le texte invite d'ailleurs les internautes à suivre la chaîne Telegram de Pavel Durov, pour suivre les prochaines actualités. En s'y abonnant, on retrouvera ce message en anglais, mais également d'autres prises de position, des informations générales sur les nouveautés et les progrès de l'application et, parfois, quelques photos flatteuses de l'intéressé.

Reste, enfin, le contexte : Pavel Durov a eu des ennuis judiciaires importants en France, entrainant son arrestation à l'été 2024 pour plusieurs graves chefs d'accusation. Au cœur du problème : le manque de coopération de la messagerie vis-à-vis des sollicitations de la justice et de la police, allié à un laxisme en matière de modération.

C'est cela qui a construit la réputation sulfureuse de Telegram, application décrite comme la solution favorite des petits criminels du quotidien -- et par laquelle des trafics de drogue ont pu s'organiser, en détournant des options de la messagerie. Mais depuis l'interpellation de Pavel Durov, et malgré son mécontentement, les lignes ont commencé à bouger.

Ainsi, une fonctionnalité détournée a été supprimée et une modération plus importante s'est mise en place. La coopération avec les autorités judiciaires et policières se déroule mieux, avec la fourniture des adresses IP ainsi que des numéros de téléphone des suspects, à condition d'avoir une décision de justice valable. Et un scan des images a aussi été mis en place.

publié le , Julien Lausson de Numerama

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