logo orange

Scanner les acheteurs de cigarettes par caméra augmentée ? La CNIL dit non

temps de lecture 3 minutesarticle partenaire 

Après avoir étudié le sujet pendant près de quatre mois, la CNIL a rendu son verdict : le recours à des caméras augmentées pour contrôler l'âge des clients chez les buralistes n'est pas la solution adéquate pour lutter contre la consommation de tabac ou de jeux d'argent chez les mineurs en France.

Scanner les acheteurs de cigarettes par caméra augmentée ? La CNIL dit non // Source : Montage Numerama

Ni nécessaire, ni proportionnée. Voilà en quelques mots les conclusions du rapport de la CNIL paru le 11 juillet 2025 qui statue sur l'utilisation de ces dispositifs pour vérifier l'âge des clients chez les buralistes.Cette solution, apparue courant 2024, a rapidement séduit certains commerçants. À la fin de cette même année, plus de 200 buralistes avaient installé le dispositif.

Destinée à déterminer, via analyse faciale, si le client est en âge d'acheter un paquet de cigarettes ou un jeu d'argent, le système avait toutes les faveurs de Fédération des buralistes Paris-IDF, qui dressait encore récemment un « bilan très positif » : « Nous constatons que cela apaise les échanges, facilite le contrôle, et valorise notre rôle de commerce responsable. », vantait son président Philippe Alauze.

Seulement voilà, la CNIL, autorité administrative indépendante conçue pour protéger les données personnelles et les libertés individuelles, juge le dispositif inadéquat et insiste sur le fait que d'autres solutions existent.

Un dispositif non règlementaire selon le RGPD

Dans la pratique, le procédé est simple : au moment de l'achat, les caméras scannent le visage du client pour estimer s'il est mineur ou majeur, puis informent le commerçant via un témoin lumineux, vert ou rouge.

Mais, depuis le début des travaux en mars, la CNIL s'inquiète d'une atteinte portée à la protection des données et la vie privée des consommateurs : « le fait que cette vérification s'effectue par le biais de traitements algorithmiques d'analyse automatisée d'images n'est pas anodin » analyse l'autorité.

En effet, tout traitement de données en France est régi par le RGPD, et selon la CNIL, malgré certaines garanties comme un traitement local des données et une suppression rapide des images, le dispositif n'est pas conforme aux législations européennes.

Une des remises en cause principales ? L'activation en continu des appareils, qui implique que tous les clients se retrouvent filmés, même lorsqu'ils sont manifestement majeurs. Ainsi, les personnes filmées, parfois à leur insu, ne peuvent exercer leur droit d'opposition. Une condition garantie par le RGPD.

Le système est donc jugé « disproportionné au regard de l'objectif visé », d'autant plus que d'autres solutions, plus sûres, existent.

Revenir à des méthodes plus respectueuses des données personnelles

La CNIL s'inquiète d'un risque « de banalisation et d'habituation à une forme de surveillance renforcée par la multiplication de tels outils. ».

Pour pallier l'absence de cette technologie, l'administration invite les buralistes (qui sont dans l'obligation de contrôler l'âge de leurs clients), à demander les pièces d'identité physiques du consommateur ou de montrer leur date de naissance sur des applications mobiles affichant un minimum d'informations.

Contacté par Numerama, la CNIL précise que cette position a été présentée aux représentants des buralistes, et rappelle que l'organisme est compétent pour contrôler et, le cas échéant, sanctionner les pratiques non conformes à la protection des données à caractère personnel.

Toutefois, en l'absence de plainte de personnes concernées, à ce jour, la CNIL nous précise également qu'elle souhaite laisser le temps aux buralistes concernés de se mettre en conformité.

publié le , Amine Baba Aissa de Numerama

Ailleurs sur le web