Regarder un match en streaming illégal va devenir nettement plus compliqué
Fini les procédures administratives qui prennent plusieurs jours. L'Arcom annonce que la France sera prête dès janvier 2027 à bloquer les flux pirates même pendant la diffusion des matchs.

Le piratage, c'est un peu comme jouer au chat et à la souris, sauf que cette dernière change d'adresse plus vite que son ombre. Quand les autorités ferment un site, un autre rouvre dans la foulée sans grande difficulté. Et c'est pour cette raison que la France va changer les règles du jeu.
Dans un entretien aux Échos, Martin Ajdari, le président de l'Arcom, a donné un aperçu de ce qui nous attend : la France sera prête en janvier 2027 à bloquer les flux pirates en temps réel, même pendant un match. Une nouvelle capacité rendue possible par la loi sur le sport professionnel adoptée en juillet dernier, qui autorise les ayants droit à demander directement un blocage aux opérateurs télécoms, sans attendre le feu vert actuellement nécessaire.
Pourquoi le temps réel change tout
Car aujourd'hui, les procédures administratives seraient trop lentes, selon Martin Ajdari. « Elles prennent encore quelques heures voire quelques jours, entre le recueil des saisines des ayants droit qui repèrent les sites pirates, l'approbation par l'Arcom et leur transmission aux fournisseurs d'accès à internet », explique-t-il. Ce qui permet notamment aux sites pirates de rester en ligne jusqu'à la fin d'un événement, ou bien d'avoir le temps de s'adapter.

Le régulateur a déjà commencé à taper plus fort en s'attaquant aux adresses IP plutôt qu'aux sites, ce qui permet de frapper au plus près de la source. La méthode a été testée à Roland-Garros, à Wimbledon et à la Coupe du monde, avec respectivement 10, 290 et 350 blocages. Pour la reprise de la Ligue des champions cette semaine, l'Arcom annonçait déjà 175 sites bloqués et, pour la première fois sur cette compétition, 139 adresses IP bannies. Et si les autorités se donnent autant de mal, c'est parce que le manque à gagner serait considérable : on l'évalue à 290 millions d'euros par an rien que pour le sport.
Il y a toutefois un problème qui pourrait nous affecter à terme : le surblocage des adresses IP. En Italie, le dispositif Piracy Shield dont s'inspire la France a rendu inaccessibles des services tout à fait légaux comme Google Drive ou Cloudflare, les pirates partageant souvent leurs adresses IP avec des sites inoffensifs. L'Arcom promet heureusement des garde-fous et une supervision humaine, il n'y a plus qu'à espérer que cela fonctionnera mieux que chez nos voisins.
Les autorités devront finaliser les modalités des signalements, ainsi que les spécifications techniques imposées aux opérateurs, d'ici à la fin de l'année. Le régulateur espère infliger à l'IPTV illégale le même sort qu'au live streaming, dont l'audience a chuté de 70 % depuis 2021.
Source : Les Échos
publié le , Maxence Glineur de Humanoid
