Les 5 éclipses solaires qui ont marqué l’histoire, avant celle du 12 août 2026
Connues par les humains depuis des millénaires, les éclipses n'ont cessé de fasciner. Mais au-delà des croyances qui y sont parfois associées, et de l'attrait qu'elles génèrent auprès du grand public, elles sont aussi sources d'importantes découvertes scientifiques. Certaines ont même été particulièrement décisives dans l'histoire des sciences.

Nous sommes nombreuses et nombreux à attendre l'éclipse du 12 août 2026 avec impatience. L'une des rares à être visibles depuis la France, ou du moins depuis l'Europe. Mais avant cette échéance, d'autres événements similaires ont conduit à d'importantes mobilisations de la part des scientifiques. Découvrez quelques exemples d'éclipses historiques qui ont eu une véritable influence dans le développement des connaissances.
585 av. J.-C., éclipse légendaire, mauvais présage et exagérations
En 585 avant notre ère, une éclipse serait survenue en pleine bataille entre les Mèdes et les Lydiens, à l'est de l'actuelle Turquie. D'après la légende, le combat se serait arrêté et les belligérants en auraient conclu que les dieux ne voulaient pas de cette bataille. Une éclipse pacificatrice ? En tout cas, un accord fut conclu peu après alors que les deux peuples s'opposaient depuis cinq ans.
Au niveau scientifique, cette éclipse aurait été une des premières à avoir été prédite, et ce par un nom qui fait trembler les collégiens : Thalès. L'auteur du fameux théorème qui porte son nom aurait pu anticiper l'événement, jusqu'à en prédire l'année.
Cette anecdote reste sujette à caution puisqu'elle n'est connue que par l'intermédiaire de l'historien Hérodote... Né un siècle plus tard ! Lequel aurait pu exagérer la prescience de son aîné. Quoi qu'il en soit, l'éclipse a bel et bien eu lieu, ce qui a pu être confirmé avec les technologies modernes, en calculant les trajectoires de la Lune et du Soleil, et elle est une des plus anciennes à fournir autant de renseignements précis.
1715 et la première observation massive
Au fur et à mesure des siècles, alors que la mécanique céleste impliquant la rotation de la Terre, de la Lune et du Soleil devenait mieux connue, les scientifiques pouvaient plus facilement prédire les éclipses.
Ainsi, Edmond Halley avait commencé à concevoir une carte de l'éclipse, en prédisant son passage au-dessus de la Grande-Bretagne. L'astronome était habitué à ce genre de phénomène puisque dans sa jeunesse, quelques décennies plus tôt, il avait observé des comètes, et avait prédit que l'une d'entre elles repasserait près de la Terre plus d'un demi-siècle plus tard. Elle revint en effet en 1758, mais Halley était déjà mort et la comète fut baptisée en son honneur.
Mais revenons en 1715 : son collègue mathématicien William Whiston avait lui aussi conçu une carte de prédiction de l'éclipse pour combler les éventuelles erreurs de Halley. Ensemble, ils ont abouti à un résultat extrêmement précis, malgré quelques erreurs dues à des imprécisions dans les éphémérides lunaires.
1851, la première photo
L'éclipse de 1851 fut visible à travers le Canada, et une bonne partie de l'Europe du Nord et de l'Est, jusqu'au Moyen-Orient. C'était également l'époque où la photographie commençait à se développer, de manière encore assez rudimentaire. Mais la technologie était suffisamment prometteuse pour que l'Observatoire royal de Prusse demande à un de ses plus éminents photographes, Julius Berkowski, de tenter d'immortaliser l'instant.
L'idée était notamment de photographier la couronne solaire, uniquement visible lors des éclipses, lorsque le reste de l'étoile est masqué derrière la Lune. Après 84 secondes d'exposition, Berkowski a ainsi réussi à rendre compte fidèlement de l'événement, avec la couronne solaire bien visible.
1860, une campagne d'observation internationale
Si l'éclipse de 1715 fut un événement suivi essentiellement par des scientifiques britanniques, celle de 1860 eut un véritable retentissement mondial. Sa trajectoire suivait celle que l'on voit aujourd'hui pour l'éclipse du 12 août 2026, et passait donc par l'Espagne. Comme le raconte le média Pour la Science, ce fut l'occasion pour le directeur de l'Observatoire royal de Madrid, Antonio Aguilar, d'insister sur l'effort collectif.
En préparation de l'arrivée de l'éclipse, l'astronome avait demandé que toutes les personnes volontaires documentent le passage de l'éclipse. Un souhait passant même par des ingénieurs connaisseurs des Pyrénées et experts pour trouver les meilleurs spots d'observation.
Des scientifiques de toute l'Europe se déplacèrent pour assister à l'éclipse depuis plusieurs localisations afin de multiplier les points de vue, et ce avec le soutien actif des différents gouvernements qui mirent même entre parenthèses les formalités liées aux passeports et autres droits de douane.
L'enjeu était éminemment scientifique : il s'agissait de savoir si les protubérances rendues visibles lors d'une éclipse provenaient bel et bien du Soleil. Ce qui a pu être confirmé. L'éclipse de 1860 est aussi une véritable aubaine pour les historiens car c'est celle pour laquelle nous disposons du plus grand nombre de sources, étant donné que chaque scientifique impliqué y va de son récit et de son expérience.
1919, l'éclipse d'Einstein
Terminons ce tour d'horizon par une des plus célèbres éclipses de l'Histoire : celle de 1919. Pendant près de 7 minutes, le Soleil était totalement obstrué par la Lune depuis le Brésil et l'Afrique. Mais cette fois, les scientifiques ne regardaient pas directement le phénomène et s'intéressaient aux étoiles habituellement invisibles que l'on pouvait voir derrière.
L'idée était de savoir si un objet aussi massif que le Soleil pouvait faire dévier la trajectoire de la lumière. Une théorie contre-intuitive portée par Albert Einstein et nommée « relativité générale ». Avec la lumière de notre étoile ainsi masquée, il devait être possible de mesurer cette déviation en observant les autres astres visibles derrière. En bref : les étoiles apparaîtraient légèrement décalées.
Pour vérifier tout cela, l'astrophysicien britannique Arthur Eddington a mené des expéditions à Sao Tomé-et-Principe, en Afrique de l'Ouest, ainsi qu'au Brésil pour prendre des photographies de l'éclipse et comparer les positions des étoiles.
Le résultat fut évidemment positif, et ces quelques minutes d'occultation ont permis de valider un principe physique encore intact plus d'un siècle après.
publié le , Hugo Ruher de Numerama



