Un canon à micro-ondes pour protéger les futurs data centers en orbite des satellites espions

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Une startup polonaise veut équiper des satellites de stockage de données d'un canon à micro-ondes censé griller l'électronique des engins qui s'en approchent de trop près.

Source : Ares Shield, montage Numerama

La guerre des étoiles ne se fera peut-être pas avec des lasers, mais avec des canons à micro-ondes. C'est en tout cas dans cette direction que s'oriente le duo Lonestar Data Holdings et Ares Shield. Le premier est une société sise en Floride qui désire installer des centres de données en orbite. Le second est une jeune entreprise polonaise.

Les deux groupes ont annoncé la signature, le 25 août, d'un contrat qui peut atteindre 6 millions de dollars (environ 5,2 millions d'euros). L'enjeu du deal ? La protection des satellites. En pratique, Ares Shield promet de repérer un satellite venu fouiner dans les data centers de Lonestar et de le mettre hors service en grillant son électronique.

En somme, il s'agit de concevoir un système d'auto-défense et de riposte qui ne disperse pas de débris dans l'espace, ce qui serait nuisible pour tout le monde - et ce qui risquerait de se produire avec des armements cinétiques, comme une mitrailleuse dans l'espace ou le tir d'un missile antisatellite à partir du sol ou depuis une plateforme orbitale.

Source : Ares Shield

Un module qui grille l'électronique des satellites trop curieux

Le système, appelé HPM (pour high-power microwave), est un émetteur à micro-ondes de forte puissance qui prend la forme d'un module se fixant sur le satellite client. Il intègre également des capteurs pour identifier ce qui rôde à proximité ainsi que des outils d'intelligence artificielle pour qualifier et classer la menace potentielle, et organiser la réponse.

Dans les colonnes de Space.com, Grzegorz Zwolinski, patron d'Ares Shield et cofondateur de la société aérospatiale SatRev, précise que détruire n'est pas la première option : brouiller la cible ou lui causer de petites pannes pourrait, selon lui, suffire à dissuader l'adversaire. Mais, en cas de besoin, l'émetteur HPM serait capable de neutraliser l'intrus.

Le rapprochement de Lonestar Data Holdings et Ares Shield s'inscrit dans un double mouvement :

D'abord, l'appétit visiblement croissant de certaines entreprises de la tech pour déployer des centres de traitement de données dans l'espace. Google (projet Suncatcher), Nvidia (initiative du calcul spatial) ou bien SpaceX (avec le satellite AI1) se sont positionnés. La Chine aussi s'y intéresse, tout comme le Vieux Continent.

Ensuite, le constat que l'orbite basse (entre 100 et 2 000 km d'altitude) est une zone de plus en plus disputée. Zwolinski affirme que les manœuvres d'approche hostiles se sont multipliées depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, et il attribue à Moscou comme à Pékin des opérations rapprochées visant des satellites de l'OTAN.

Ce genre de contrat est vraisemblablement amené à se multiplier. Les armes à micro-ondes de forte puissance font partie des armes spatiales que la Defense Intelligence Agency américaine prend au sérieux. Dans son rapport public de 2022, elle cite aussi les lasers, les diffuseurs chimiques et les brouilleurs radiofréquence parmi les moyens capables de produire des effets sans impact cinétique.

Pour l'instant, tout cela relève surtout des intentions. Un point mérite d'être posé, par ailleurs : la technologie d'Ares Shield n'a, pour l'heure, été testée qu'en laboratoire. Passer d'un démonstrateur sur Terre à un module capable d'opérer en orbite reste un saut technique et financier considérable.

StarVault a bien été annoncé comme service commercial, mais son premier module orbital n'a pas encore volé ; le bouclier électromagnétique d'Ares Shield n'arrivera pas avant la fin de la décennie. On parle d'une livraison des premiers modules à partir de 2028 ou 2029, au mieux, pour trois satellites au départ.

Cela étant, Lonestar n'est pas tout à fait un débutant : la société affirme avoir déjà testé sa technologie de stockage sur quatre missions spatiales, dont l'atterrisseur Athena d'Intuitive Machines en mars 2025 - qui s'est renversé peu après son alunissage. StarVault marquerait toutefois son passage à un véritable centre de données en orbite.

publié le , Julien Lausson de Numerama

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