Comment l’usage intensif du smartphone modifie physiquement notre corps
Nuque penchée, épaules enroulées, dos voûté : à force de regarder nos téléphones, notre posture change. Des médecins ont même un nom informel pour ça, le « phone body », et quelques gestes simples suffisent à limiter les dégâts.

Nous consultons notre téléphone des dizaines de fois par jour, souvent sans y penser. Cette habitude finit par laisser des traces sur le squelette. Des médecins emploient désormais un terme informel pour décrire ce phénomène, le « phone body », le corps façonné par le téléphone. Il regroupe les douleurs chroniques et les changements de posture qui s'installent après des années passées penché sur un écran de quelques centimètres.
Ces heures passées la tête en avant laissent des traces. Une enquête de la société américaine Harmony Healthcare IT, menée fin 2024 auprès de 1 001 adultes américains, mesure 5 heures et 16 minutes par jour passées sur le seul téléphone, hors ordinateur et télévision. La colonne vertébrale encaisse. Lorsque vous inclinez la tête à 60 degrés pour lire un message, votre cou supporte une charge équivalente à près de 27 kilogrammes, d'après les calculs du chirurgien du rachis Kenneth Hansraj, publiés en 2014 dans la revue Surgical Technology International. C'est l'origine du fameux syndrome du cou de texte (ou text neck), qui fatigue prématurément les disques cervicaux et accélère leur usure.
Lever le nez pour sauver sa posture
Évidemment, cette ultra-connexion est facilitée par la rapidité de la 5G+, qui rend la consommation de contenus plus fluide que jamais. Que ce soit sur des ordinateurs ou des smartphones / tablettes, notre corps paie le prix fort. Les cervicales ne sont pas les seules concernées : les coudes, les épaules, les yeux et les pouces encaissent eux aussi cette position repliée, répétée des heures chaque jour.

Le « phone body » ne se limite pas au cou. Les médecins décrivent aussi des yeux secs à force de moins cligner des paupières, une petite corne sur l'auriculaire chez ceux qui calent leur téléphone dessus, et des douleurs au pouce liées au défilement. Attention toutefois : ces observations viennent de consultations et de constats cliniques, pas d'études de long terme. Personne ne sait encore mesurer précisément ce que vingt ans de smartphone font à un squelette.
Heureusement, ce n'est pas une fatalité. Quelques gestes simples suffisent à soulager le cou et les épaules. Le premier réflexe consiste à relever son appareil à hauteur des yeux pour soulager immédiatement la nuque. Les kinésithérapeutes recommandent également des exercices réguliers de renforcement musculaire, comme le « chin tuck » (qui consiste à rentrer le menton pour réaligner les vertèbres).
Surtout, n'oublions pas nos yeux. Les écrans fatiguent aussi les yeux, et la myopie progresse fortement chez les enfants et les adolescents. Passer au moins deux heures par jour dehors, à la lumière du jour, reste la mesure de prévention la mieux documentée contre la myopie de l'enfant. La lumière naturelle freine l'allongement du globe oculaire, qui est justement à l'origine de ce trouble de la vue.
Deux autres habitudes coûtent peu et changent beaucoup. La première : tenir l'écran à environ une longueur de bras du visage et faire une pause toutes les demi-heures. La seconde s'appelle la règle des 20-20-20 : toutes les 20 minutes, on regarde un point situé à 6 mètres environ pendant 20 secondes. L'œil se repose et refait sa mise au point au loin, ce qu'il ne fait jamais quand il reste rivé à 30 centimètres.
Le seul vrai remède reste de poser le téléphone plus souvent. Une grosse inconnue demeure chez les plus jeunes, dont le squelette est encore en croissance : personne ne sait aujourd'hui mesurer l'effet de vingt ans de téléphone sur un dos d'adulte. En attendant, réduire son temps d'écran ne protège pas que le moral, il protège aussi les cervicales.
publié le , William Zimmer de Humanoid
